Prenons-nous des animaux pour combler un manque affectif ?

Un chien qui nous accueille à la porte. Un chat qui vient se coucher près de nous. Une présence dans une maison devenue trop silencieuse.
Oui, il arrive que nous accueillions un animal parce que nous avons besoin de compagnie, de tendresse ou de réconfort. Ce besoin n’a rien de honteux. Le lien que nous construisons avec lui peut être profond et précieux.
La question n’est donc pas de savoir si un animal nous apporte quelque chose. Bien sûr qu’il nous apporte quelque chose. La question est plutôt :
"quelle place lui laissons-nous, à lui, dans cette relation ?"
Une relation entre deux êtres

Nous partageons avec nos animaux des habitudes, des jeux et des moments de calme. Ils peuvent nous aider à traverser une période difficile. Mais ils ont aussi leurs envies, leurs limites, leurs besoins et leur manière de communiquer.
Un chien peut aimer notre présence tout en ayant besoin de dormir sans être dérangé. Il peut être très attaché à nous et vouloir explorer de son côté. Il peut s’approcher pour rester près de nous, sans souhaiter être touché.
Aimer un animal, c’est aussi accepter qu’il ne réponde pas toujours à ce que nous attendions de lui.
Quand nos attentes prennent trop de place
Le décalage s’installe parfois discrètement. Nous avons besoin d’un câlin, alors nous prenons notre chien dans les bras sans voir qu’il se raidit. Nous voulons qu’il soit heureux de rencontrer nos amis, alors qu’il cherche un endroit où se retirer. Nous rêvons d’un compagnon toujours proche de nous et vivons son besoin de distance comme un rejet.
Ces gestes partent souvent d’une intention tendre. Pourtant, si nous regardons tout à travers notre propre besoin d’affection, nous risquons de manquer ce que l’animal essaie de nous dire.
Un chien qui détourne la tête pendant une caresse n’est pas « ingrat ». Un chat qui quitte nos genoux ne nous aime pas moins. Ils expriment simplement une préférence ou une limite à cet instant.
Ce que les adoptions pendant le Covid nous ont montré
Pendant les confinements, beaucoup de personnes ont ressenti le besoin d’une présence. Accueillir un animal a pu apporter de la joie et du réconfort dans une période d’isolement. Pour de nombreuses familles, ce fut le début d’une belle histoire.
Pour d’autres, la reprise d’une vie plus habituelle a révélé un écart entre le quotidien imaginé avec l’animal et celui qu’elles pouvaient réellement lui offrir. Un chien accueilli alors que toute la famille était à la maison pouvait se retrouver face à de longues absences. Certains avaient eu peu d’occasions de découvrir progressivement d’autres lieux, d’autres personnes ou les moments de solitude.
Il serait injuste de réduire les difficultés et les séparations qui ont suivi à des adoptions « égoïstes ». Les situations sont multiples. Mais cette période nous invite à poser une question avant toute adoption :
"ai-je une place pour cet animal dans ma vie actuelle, mais aussi dans celle qui m’attend lorsque mes circonstances changeront ?"
Un animal peut nous aider à traverser une période. Il mérite que nous pensions aussi à la suite de son histoire.
« C’est mon chéri »… mais comment va-t-il ?
En coaching, je rencontre des humains qui aiment sincèrement leur chien. Ils parlent de leur « chéri », s’inquiètent pour lui et souhaitent bien faire. Pourtant, ils ne reconnaissent pas toujours les signes de sa difficulté. Un chien qui aboie, se fige, évite certaines situations ou ne parvient pas à se poser peut être perçu comme « têtu », « protecteur » ou simplement « comme ça ».
Puis, au fil des rendez-vous, j’entends parfois : « Je n’ai pas eu le temps de lire le plan d’entraînement » ou « Je n’ai pas eu le temps de faire les exercices. »
Je connais la réalité des journées chargées. Ces phrases ne prouvent pas un manque d’amour. Elles montrent néanmoins un écart entre l’envie que le chien aille mieux et la place que nous pouvons donner à son accompagnement. Le travail ne se fait pas uniquement pendant un rendez-vous : il prend vie dans de petits gestes répétés au quotidien.
Si un plan paraît trop lourd, nous pouvons le simplifier. Une micro-étape réalisable vaut mieux qu’une longue liste qui reste dans un tiroir. La question devient alors : qu’est-ce que je peux concrètement changer cette semaine pour l’aider ?
Nous aimons toucher. Mais lui, qu’en pense-t-il ?

Pour beaucoup d’humains, toucher est une manière spontanée de montrer son affection. Nous prenons quelqu’un dans nos bras, posons une main sur son épaule, caressons celui que nous aimons. Il est naturel de vouloir faire de même avec notre chien.
Mais le contact physique n’a pas nécessairement la même signification pour lui. Certains chiens viennent se blottir contre nous et recherchent les caresses. D’autres apprécient un contact bref, à certains moments seulement. D’autres encore préfèrent être proches sans être touchés.
Nous pouvons avoir envie de caresser notre chien lorsqu’il passe près de nous. Lui peut simplement être en train de rejoindre son panier.
Avant de tendre la main, prenons une seconde pour l’observer. S’approche-t-il de lui-même ? Son corps paraît-il détendu ? Si nous interrompons la caresse, revient-il chercher le contact ou s’éloigne-t-il ?
Il faut parfois accepter que notre chien ne sera peut-être jamais câlin. Cela peut être décevant si nous imaginions un compagnon qui viendrait se blottir contre nous. Nous avons le droit de ressentir cette déception. Mais nous ne pouvons pas lui demander de devenir tactile pour nous rassurer.
Et parfois, le chien a simplement besoin de beaucoup de temps.
Natalia : laisser une place au choix

Natalia avait peur d’être approchée et touchée. Au refuge, elle avait progressivement appris à accepter les caresses. Puis ses adoptants ont voulu insister sur le contact. Plus ils insistaient, plus elle se renfermait et prenait peur.
Depuis son arrivée chez moi le 11 septembre, nous avons repris autrement, par petites étapes. Je n’arrive pas vers elle par-dessus sa tête, je ne la bloque pas et je ne profite pas du fait qu’elle soit proche pour la toucher. Après un bref contact, j’arrête et j’observe : revient-elle en chercher un autre ? Si oui, nous pouvons continuer. Sinon, je lui laisse de l’espace.
Aujourd’hui, je peux la caresser sur tout le corps. Elle vient réclamer des gratouilles derrière les oreilles ou sur les fesses et apprécie aussi les caresses sur le dos.
L’histoire de Natalia ne garantit pas que tous les chiens finiront par aimer les caresses. Elle montre combien la manière de proposer le contact compte. La patience ne consiste pas à attendre le jour où le chien cédera. Elle consiste à lui montrer, chaque fois, qu’il peut choisir.
Aimer sans demander de réparer
Un animal peut nous apporter énormément de réconfort. Nous pouvons lui en être reconnaissants sans lui confier la responsabilité de réparer notre solitude, notre tristesse ou nos blessures.
Nous avons, nous aussi, besoin d’autres appuis : des proches, des activités qui nous font du bien, parfois une aide professionnelle. Prendre soin de notre propre vie affective nous aide à accueillir l’animal tel qu’il est, au lieu de lui demander d’être tout pour nous.
Alors, prenons-nous parfois des animaux pour combler un manque affectif ? Oui, sans doute. Ce n’est pas une faute à confesser. C’est une raison de rester attentifs à ce que nous attendons d’eux — et à ce qu’ils nous montrent en retour.
Le plus beau lien n’est peut-être pas celui dans lequel l’animal répond à toutes nos attentes. C’est celui dans lequel il peut être aimé sans devoir cesser d’être lui-même.





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