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Laisse-moi venir à toi

11 sept.
4 min de lecture

Quand notre envie de créer le lien empêche parfois le chien de faire le premier pas.





Il vient d’arriver.

Depuis quelques jours, peut-être quelques semaines.

On lui a préparé un panier confortable, acheté de bonnes friandises, choisi un joli harnais. On lui parle doucement. On voudrait tellement lui montrer qu’ici, il ne risque rien.

Mais il reste à distance.

Alors on s’accroupit.On lui tend la main.On l’appelle doucement.On lui propose une friandise.On essaie parfois de le caresser lorsqu’il passe suffisamment près.

Et s’il recule, on recommence un peu plus tard.

Avec les meilleures intentions du monde.

Parce que, pour nous, le contact crée le lien.

Mais pour lui ?


Quand nos bonnes intentions parlent humain

Nous sommes une espèce très tactile.

Nous prenons quelqu’un dans nos bras pour le consoler. Nous posons une main sur une épaule pour rassurer. Nous nous rapprochons de ceux que nous aimons.

Il est donc assez naturel de reproduire ces comportements avec un chien qui semble inquiet.

Il a peur ?Nous voulons le rassurer.

Il s'éloigne ?Nous voulons lui montrer que nous sommes gentils.

Il hésite à venir ?Nous l'encourageons.

C'est profondément humain.

Et c'est justement là que l'anthropomorphisme peut nous jouer un drôle de tour.

Car nous interprétons la situation à travers notre propre manière de communiquer et d'aimer, sans toujours nous demander comment elle est vécue par le chien.

Imaginez maintenant la même scène depuis son point de vue.

Il recule.

Vous avancez.

Il détourne la tête.

Votre main continue vers lui.

Il s'éloigne.

Vous le suivez doucement, parce que vous essayez justement de lui montrer qu'il n'a aucune raison d'avoir peur.

Pour vous, le message est :

« Tu peux me faire confiance. »

Pour lui, il pourrait être :

« Quand je demande de la distance, cet humain continue d'avancer. »

Deux intentions totalement différentes viennent de se croiser.


Et si nous arrêtions un instant d'essayer de gagner sa confiance ?

La confiance n'est pas quelque chose que l'on peut obtenir d'un chien.

Elle se construit.

Et surtout, elle se construit à deux.

Cela implique quelque chose qui peut être difficile pour nous : accepter que le chien puisse dire pas maintenant.

Pas maintenant pour la caresse.

Pas maintenant pour la proximité.

Pas maintenant pour cette main tendue.

Peut-être demain.

Peut-être dans une semaine.

Et peut-être qu'avant cela, il aura simplement besoin de nous regarder vivre.


Laisser au chien l'initiative

Il y a une différence immense entre un chien qui subit notre approche et un chien qui choisit de réduire lui-même la distance.

Lorsque nous allons constamment vers lui, nous pouvons involontairement l'empêcher de faire cette expérience essentielle :

« J'ai envie d'aller voir cet humain. »

À la place, son énergie est consacrée à une autre question :

« Que dois-je faire quand cet humain vient vers moi ? »

Alors parfois, la meilleure façon d'entrer en relation consiste justement à laisser un espace vide entre nous.

Un espace dans lequel le chien pourra décider.

S'approcher.

S'arrêter.

Observer.

Repartir.

Puis revenir.

Sans que chaque petit mouvement vers nous déclenche immédiatement une interaction.

Parce qu'il y a quelque chose que nous oublions souvent :

Le chien s'approche parfois pour prendre une information, pas pour demander une interaction.

Un chien qui vient vous renifler ne demande pas nécessairement une caresse.

Celui qui accepte une friandise dans votre main non plus.

Celui qui vient se coucher à un mètre de vous ne vous invite pas forcément à réduire encore cette distance.

Et même lorsqu'il s'approche davantage, il peut simplement être en train d'explorer une possibilité.

Si chacune de ses initiatives se termine par une main qui descend sur sa tête, il peut apprendre autre chose que ce que nous espérions lui enseigner :

s'approcher de l'humain signifie perdre le contrôle de la distance.


Les minuscules progrès que nous ne voyons pas

Nous attendons souvent des signes très visibles.

Une queue qui remue.

Un chien qui vient chercher des caresses.

Une tête posée sur nos genoux.

Un chien qui nous suit partout.

Parce que ce sont des comportements que nous identifions facilement comme des marques d'affection.

Mais avec un chien inquiet, les premiers signes de confiance peuvent être beaucoup plus discrets.

Aujourd'hui, il reste dans la pièce lorsque vous entrez.

Demain, il s'endort pendant que vous êtes là.

Quelques jours plus tard, il traverse le jardin sans vérifier constamment où vous vous trouvez.

Puis il vient renifler votre chaussure.

Il reste trois secondes.

Et repart.

Pour nous, trois secondes.

Pour lui, peut-être une montagne franchie.

Encore faut-il lui laisser la possibilité de la gravir lui-même.


Ne rien imposer ne signifie pas ne rien faire

C'est probablement l'une des confusions les plus importantes.

Respecter le rythme d'un chien ne signifie pas s'asseoir dans un coin et attendre pendant trois mois.

Nous pouvons aménager son environnement.

Rendre nos comportements prévisibles.

Éviter de le coincer involontairement.

Observer ses distances de confort.

Créer des expériences agréables sans exiger de contact en échange.

Lui apprendre progressivement certaines choses dont il aura besoin dans sa nouvelle vie.

Et intervenir lorsque sa sécurité ou sa santé l'exigent.

Mais entre ne rien faire et tout provoquer, il existe un territoire immense.

C'est là que se construit la relation.


Autant de jours ou de semaines

Plusieurs jours ou parfois

plusieurs semaines après une adoption, on entend parfois :

« Il ne se laisse toujours pas approcher. »

Ce toujours mérite à lui seul qu'on s'y arrête.

Deux semaines après avoir changé de pays, de maison, d'odeurs, de bruits, de rythmes, parfois de congénères et d'humains, nous savons que le chien est arrivé chez lui.

Lui ne le sait pas nécessairement encore.

Nous savons que cette maison est sûre.

Lui doit le découvrir.

Nous savons que nous ne lui voulons aucun mal.

Lui ne dispose que de nos comportements pour l'apprendre.

Et c'est peut-être là que commence réellement notre responsabilité.

Non pas lui demander de nous faire confiance.

Mais nous comporter de manière à ce qu'un jour, il puisse choisir de le faire.

Alors, face à ce chien qui reste encore à quelques mètres, peut-être pouvons-nous changer de question.

Au lieu de nous demander :

« Pourquoi ne vient-il pas vers moi ? »

Demandons-nous :

« Est-ce que je lui laisse réellement la possibilité de choisir de venir ? »

Parfois, aimer un chien commence par quelque chose d'étrangement difficile pour l'humain :

le laisser venir à nous.

 
 
 

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