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# Guider plutôt que contrôler#

20 août
5 min de lecture

*Et si nous laissions davantage nos chiens être… des chiens ?*


Nous parlons beaucoup d'éducation canine.

Nous apprenons à nos chiens à :

  • marcher en laisse,

  • revenir au rappel,

  • attendre,

  • rester calmes,

  • ne pas sauter,

  • ne pas poursuivre,

  • ne pas aboyer,

  • ne pas tirer


Nous leur apprenons énormément de choses.


Mais combien de temps consacrons-nous simplement à les observer ?


À nous demander ce qu'ils sont en train de faire, de ressentir ou d'apprendre avant d'intervenir ?

Car, très souvent, un comportement devient « problématique » non parce qu'il pose réellement problème au chien, mais parce qu'il ne correspond pas à ce que nous avions prévu.

Le chien s'arrête longuement sur une odeur.

Nous voulons avancer.

Il hésite devant quelque chose qu'il ne connaît pas.

Nous voulons qu'il passe.

Il ne souhaite pas s'approcher d'une personne.

Nous voudrions qu'il dise bonjour.

Il observe un autre chien à distance.

Nous décidons qu'il devrait aller se sociabiliser.

Il choisit un autre chemin.

Nous le rappelons presque machinalement.

Allez, viens.

Deux petits mots parfaitement anodins.

Et pourtant, combien de fois les prononçons-nous sans même nous demander ce que notre chien était en train de faire ?


Et s'il était simplement en train d'apprendre ?


Un chien qui s'arrête ne perd pas nécessairement son temps.

Il observe.

Il sent.

Il écoute.

Il recueille des informations.

Il évalue une situation.

Il décide s'il souhaite s'approcher ou s'éloigner.

Il apprend.

Lorsque nous intervenons systématiquement, nous pouvons parfois interrompre précisément le processus que nous cherchons ensuite à développer : sa capacité à comprendre son environnement et à y prendre de bonnes décisions.


J'en ai récemment eu une très belle illustration avec Malia, une jeune chienne venue passer dix jours en pension chez moi.

Lors de nos premières promenades, les vélos l'effrayaient.

À l'approche d'un cycliste, elle cherchait à s'éloigner.

Je n'avais pourtant pas besoin de lui apprendre que les vélos n'étaient pas dangereux.

Elle avait surtout besoin de temps.

Alors nous avons regardé passer des vélos.

Encore et encore.

Progressivement, elle a cessé de chercher immédiatement à les éviter.

Elle les observait.

Quelques jours plus tard, après le passage d'un cycliste, elle pouvait rester tranquillement sur le chemin et aller humer les odeurs laissées derrière lui.

Je ne lui avais pas appris à ne plus avoir peur.

Je lui avais laissé l'occasion de découvrir par elle-même qu'elle pouvait ne pas avoir peur.

La nuance me paraît essentielle.


Guider n'est pas contrôler


Notre rôle auprès d'un chien est évidemment de le guider.

Nous vivons dans un monde conçu par et pour les humains. Nous connaissons les dangers qu'il ne peut pas anticiper : une voiture qui arrive, une route à traverser, une situation sociale délicate, un environnement qui dépasse ses capacités.

Nous avons donc la responsabilité de poser un cadre.

Mais responsabilité ne signifie pas contrôle permanent.

Contrôler, c'est chercher à obtenir la réponse que nous avons décidée.

Guider, c'est créer les conditions qui permettent au chien de trouver progressivement une réponse adaptée.

Parfois, guider signifie intervenir.

Parfois, guider signifie protéger.

Parfois, guider signifie dire non.

Et parfois, guider signifie simplement…

ne rien faire.

Rester là.

Observer.

Et laisser au chien quelques secondes supplémentaires pour comprendre ce qui se passe.


Le choix et le cadre ne sont pas opposés


Laisser davantage de choix à son chien ne signifie pas le laisser tout faire.

Laisser être n'est pas laisser faire.

Il existe des règles nécessaires à toute vie commune.

Un chien ne peut pas poursuivre un cycliste parce qu'il en éprouve l'envie.

Il ne peut pas traverser une route parce qu'une odeur intéressante se trouve de l'autre côté.

Il ne peut pas chasser un autre chien du canapé simplement parce qu'il souhaite récupérer sa place préférée.

Le cadre reste nécessaire.

Mais un cadre n'a pas besoin d'occuper tout l'espace.

Entre « je décide de tout » et « fais ce que tu veux », il existe un territoire immense.

C'est là que le chien peut apprendre à faire des choix.

Et c'est là que nous pouvons apprendre à lui faire confiance.


La confiance naît de la confiance


Nous demandons énormément à nos chiens de nous faire confiance.

Fais-moi confiance lorsque je t'appelle.

Fais-moi confiance lorsque je t'emmène quelque part.

Fais-moi confiance lorsque je te demande de renoncer à quelque chose.

Mais leur faisons-nous confiance, nous aussi ?

Pas aveuglément.

Faire confiance à son chien ne signifie pas imaginer qu'il prendra toujours la bonne décision.

Cela signifie lui offrir, lorsque les circonstances le permettent, la possibilité d'en prendre une.

Choisir où renifler.

Choisir de s'approcher ou non.

Choisir d'observer.

Choisir une distance.

Choisir parfois le chemin de la promenade.

Et lorsqu'il fait un choix que nous n'attendions pas, observer avant de corriger.

Peut-être est-il en train de nous apprendre quelque chose sur lui.

La confiance ne se demande pas. Elle se rend possible.

Chaque fois que notre chien découvre que ses signaux sont entendus, que ses hésitations sont respectées et que nous n'allons pas systématiquement le pousser au-delà de ce qu'il peut gérer, quelque chose se construit.

Il apprend à nous lire.

Et nous apprenons à le lire.


Accepter le chien qui est devant nous


Nous accueillons parfois un chien avec une histoire déjà écrite dans notre tête.

Nous imaginons les longues promenades.

Les sorties au restaurant.

Les vacances.

Les rencontres avec les amis.

Les jeux avec d'autres chiens.

Les câlins sur le canapé.

Puis arrive le véritable chien.

Celui-ci n'aime peut-être pas les inconnus.

Ou les terrasses.

Ou les autres chiens.

Peut-être préfère-t-il observer plutôt que participer.

Peut-être n'est-il pas particulièrement câlin.

Peut-être est-il beaucoup plus actif que nous l'imaginions.

Ou beaucoup moins.

Et nous pouvons alors passer énormément d'énergie à essayer de rapprocher le chien réel du chien que nous avions imaginé.

Mais pourquoi ?

Le bien-être ne consiste pas à façonner un chien à notre image.

Il consiste à lui permettre de devenir pleinement lui-même.

Accepter ce qu'un chien est aujourd'hui ne signifie pas renoncer à l'aider à évoluer demain.

Bien au contraire.

C'est en partant de ce qu'il est réellement, de ses capacités, de ses émotions et de ses limites que nous pouvons l'accompagner.


Une relation plutôt qu'une succession d'ordres


Une relation équilibrée entre un humain et un chien ne sera jamais parfaitement symétrique.

Nous resterons responsables de lui.

Nous déciderons de son environnement, assurerons sa sécurité et poserons certaines limites.

Mais cela ne nous oblige pas à devenir le metteur en scène de chacune des secondes de sa vie.

Nous pouvons lui laisser des espaces.

Des choix.

Des initiatives.

Et surtout le droit de nous montrer qui il est.

Car si nous décidons constamment à sa place, nous risquons de très bien connaître le chien lorsqu'il exécute nos demandes…

et beaucoup moins l'individu qui se trouve derrière.

Guider demande finalement davantage de présence que contrôler.

Pour contrôler, il suffit parfois de donner une consigne.

Pour guider, il faut observer.

Comprendre.

Anticiper.

Connaître son chien suffisamment bien pour savoir quand intervenir.

Et suffisamment lui faire confiance pour savoir quand ne pas intervenir.

C'est une conversation silencieuse entre deux espèces.

Parfois je choisis.

Parfois tu choisis.

Parfois je te protège d'une situation que tu ne peux pas comprendre.

Parfois je te regarde découvrir quelque chose que je connais déjà.

Et peu à peu, nous apprenons à marcher ensemble.

Notre rôle n'est peut-être pas de contrôler chacun des pas de notre chien.

Il est de marcher suffisamment près de lui pour pouvoir le guider lorsqu'il en a besoin…

et suffisamment loin pour lui permettre de faire ses propres expériences.

Car une relation solide ne se construit pas dans le contrôle.

Elle se construit dans cet espace subtil où le cadre rencontre la liberté, où l'observation précède l'intervention et où la confiance devient, enfin, réciproque.


Alors peut-être devrions-nous parfois remplacer :


« Allez, viens. »

par une question silencieuse :

« Qu'est-ce que tu es en train de me montrer ? »

Et prendre le temps d'écouter la réponse.

 
 
 

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