"Pourquoi le collier étrangleur continue-t-il à être utilisé malgré ce que nous savons aujourd'hui ?"
- Véronique De Luyck

- 7 juin
- 4 min de lecture
Le collier étrangleur : un outil de contrôle ou une illusion de solution ?

Quand une promenade devient une lutte
Dans de nombreux clubs canins et encore chez certains particuliers, le collier étrangleur reste présenté comme une solution efficace pour contrôler un chien qui tire en laisse, qui s'excite ou qui manque d'attention.
L'idée paraît simple :
Lorsque le chien adopte un comportement indésirable, la pression exercée sur son cou crée une sensation désagréable qui l'incite à cesser ce comportement.
Sur le papier, cela semble fonctionner.
Le chien ralentit.Le chien s'arrête.Le chien paraît plus calme.
Mais que se passe-t-il réellement ?
Le chien apprend-il vraiment ?
Lorsqu'un chien cesse un comportement sous l'effet d'une douleur, d'une gêne ou d'une peur de la correction, il n'apprend pas forcément ce que l'on attend de lui.
Il apprend surtout comment éviter l'inconfort.
La différence est fondamentale.
Un chien qui marche calmement parce qu'il a compris le comportement attendu n'est pas dans le même état émotionnel qu'un chien qui marche calmement parce qu'il craint la correction.
L'apparence extérieure peut être identique.
L'expérience intérieure est totalement différente.
Ce que l'on ne voit pas
Le collier étrangleur agit sur une zone particulièrement sensible :
la trachée,
les vertèbres cervicales,
les muscles du cou,
les nerfs,
la glande thyroïde.
Même lorsque les lésions ne sont pas visibles, les micro-traumatismes peuvent s'accumuler au fil du temps.
Mais les conséquences ne sont pas uniquement physiques.
Elles peuvent également être émotionnelles.
Un chien qui reçoit régulièrement une correction lorsqu'il croise un autre chien peut finir par associer cette douleur à la présence de ses congénères.
Le résultat ?
Au lieu de diminuer, la réactivité peut augmenter.
Le chien n'apprend pas que l'autre chien est sans danger.
Il apprend que sa présence annonce quelque chose de désagréable.
L'illusion du chien "obéissant"
Certaines méthodes valorisent encore aujourd'hui l'obéissance immédiate comme indicateur de réussite.
Pourtant, un chien qui n'ose plus exprimer ses émotions n'est pas forcément un chien serein.
L'inhibition comportementale peut être confondue avec du calme.
Un chien qui n'ose plus tirer.Un chien qui n'ose plus explorer.Un chien qui n'ose plus communiquer son inconfort.
Ce n'est pas de l'éducation.
C'est parfois simplement de la résignation.
Le risque le plus important dans cette méthode :
Le problème est que l'on suppose que le chien tire parce qu'il est têtu, dominant, provocateur ou qu'il "teste" son humain. Or, dans la majorité des cas, le chien tire parce qu'il est motivé par quelque chose :
il veut rejoindre une odeur,
il veut aller saluer un congénère,
il est anxieux et cherche à s'éloigner,
il est excité,
il est frustré,
il est simplement pressé d'avancer.
Lorsque la correction intervient, la motivation qui pousse le chien à tirer est toujours présente.
La douleur n'a pas supprimé l'émotion.
La peur n'a pas supprimé le besoin.
La frustration n'a pas disparu.
Résultat : le chien continue à tirer.
L'humain conclut alors :
"Il est têtu."
Alors qu'en réalité, le chien est simplement plus motivé par ce qu'il cherche à atteindre ou à éviter que par l'inconfort du collier.
On entre alors dans un cercle vicieux :
Le chien tire → correction → le chien tire encore → correction plus forte → stress supplémentaire → davantage de tension → davantage de traction.
Dans certains cas, la correction devient même un facteur d'excitation supplémentaire.
Le chien est déjà en état d'activation élevé.La douleur, la surprise ou l'inconfort ajoutent encore de l'intensité émotionnelle.
Au lieu d'obtenir un chien plus calme, on obtient parfois un chien encore plus tendu.
C'est particulièrement visible chez les chiens réactifs.
Le chien aperçoit un congénère.
Il monte en tension.
Le collier se resserre.
Le conducteur donne un coup de sonnette.
Le chien associe alors la présence du congénère à une expérience désagréable.
La prochaine fois, il réagira souvent plus vite et plus fort.
Et le propriétaire conclura :
"Il faut être plus ferme."
Alors que le problème est justement en train d'être renforcé.
Pourquoi ces méthodes existent-elles encore ?
La plupart des éducateurs utilisant aujourd'hui le collier étrangleur ne sont pas animés de mauvaises intentions.
Beaucoup reproduisent ce qu'ils ont eux-mêmes appris.
Pendant longtemps, l'éducation canine s'est construite autour d'une vision militaire du chien :
obéir,
corriger,
contrôler.
Les connaissances scientifiques sur les émotions, l'apprentissage et le bien-être animal ont pourtant considérablement évolué.
Aujourd'hui, nous savons qu'il est possible d'obtenir des résultats durables sans recourir à la douleur ou à l'intimidation.
Une autre voie est possible
L'objectif de l'éducation canine ne devrait pas être de contrôler un chien.
Il devrait être de lui apprendre à faire les bons choix.
Cela demande parfois davantage de patience.
Davantage de compréhension.
Davantage d'observation.
Mais cela permet de construire quelque chose que la contrainte ne pourra jamais offrir :
la confiance.
Et lorsqu'un chien nous fait confiance, il n'obéit plus parce qu'il craint les conséquences.
Il coopère parce qu'il a compris, parce qu'il se sent en sécurité et parce que la relation a du sens pour lui.
Conclusion
Le véritable progrès en éducation canine ne se mesure pas à la rapidité avec laquelle un chien cesse un comportement.
Il se mesure à la qualité de la relation que nous construisons avec lui.
Car entre un chien que l'on contrôle et un chien qui choisit de coopérer, il existe un monde entier.
Et c'est précisément dans ce monde que commence la véritable communication.
"La question n'est pas de savoir si le collier étrangleur fonctionne. La vraie question est : quel prix le chien paie-t-il pour ce résultat ?"




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